L’OISE auteur Mr. Robert Levasseur
A Eragny, l’Oise était un important pôle d’attraction :
Elle borde le village sur 2000 mètres environ.
…
Le transport fluvial présentait un gros trafic,
Mais il y avait aussi un aspect ludique.
Certains tiraient joyeusement sur les avirons,
D’autres pratiquaient assidûment la natation
Lorsque venait la belle saison.
Car en ce temps-là, on ne connaissait pas la pollution.
Les pêcheurs venaient assouvir leur passion,
Cela venait du pays et de tous les environs.
Il y avait une très grande fréquentation.
On pouvait en sortir des brochets, des gardons,
Des anguilles, des écrevisses, des goujons.
Il y avait le choix, selon ses ambitions.
…
Il fallait voir les nombreux Parisiens,
En gare d’Eragny-Neuville descendre du train
Et se disperser allègrement sur le terrain
Pour occuper son coin favori de bon matin.
Certains avaient édifié de petits bungalows,
C’étaient de modestes cabanons, tout près des flots.
Ils y trouvaient leur bonheur, c’était leur château.
Ils ne l’auraient pas changé pour de somptueux cadeaux.
Quelques-uns utilisaient des barques conçues pour ça.
D’autres occupaient des plates, sortes de caisses à fond plat.
Ces engins flottants étaient éparpillés sur les deux rives
Et pour faire face à toute dérive,
Etaient, à des fiches, solidement arrimés.
Fiches, sur le fond, fermement enfoncées,
Alors les occupants pouvaient se mettre au travail,
Disposer méticuleusement leur attirail,
Ouvrir les parasols, les pliants,
Mettre à l’eau les rafraîchissements,
Préparer le garde-manger, le cas échéant
Et, ensuite guetter la touche patiemment.
Monsieur Decarpentries était d’un grand renom,
Pour construire ces embarcations
Et André, son fils, qui prit la relève,
Fut également un excellent élève.
…
La pêche
On pouvait également pêcher à pied sur la berge,
D’un ponton, d’un escalier,
D’un quai, d’une avancée.
Quant au résultat ? Inutile de brûler un cierge…
Et si une épouse trouvait attrayant,
Qu’accompagner son conjoint était distrayant,
Elle lisait, elle tricotait, bref, elle s’occupait
Ou, en tout bien tout honneur, ensemble, ils pêchaient.
Tout ça était chapeauté par l’Hameçon d’Eragny
Qui, une fois l’an, organisait sa grande pêcherie.
Cela avait lieu, en principe, le matin du 14 juillet.
C’était couru, pour l’Hameçon, c’était le sommet.
Voilà comment les férus de l’art halieutique
Cultivaient joyeusement leur éthique,
Loin des cités et des critiques.
Et aux vicissitudes de l’existence, faisaient la nique.
C’était curieux de voir le dimanche soir, en gare d’Eragny,
La bande de joyeux lurons tout réjouis,
Prendre d’assaut les voitures
Du train avec désinvolture
Car il fallait revenir au logis
La fête était finie.
C’était hautement folklorique,
La rame ressemblait à un gros porc-épic
Car il n’y avait pas de cannes télescopiques
Et toutes ces gaules dressées vers le ciel étaient d’un comique…
Chacun avait quelque chose à raconter :
La grosse pièce qui s’était décrochée,
L’épuisette que l’on avait oubliée,
Les appâts miracles négligés,
Le bas de ligne violemment arraché…
Quand ce n’était pas la canne qui avait plié…
Ca causait haut et fort
Se retrouver apportait un certain réconfort.
C’était de bon ton, après tant d’efforts
Mais ce n’était pas la sardine qui bouchait le vieux port.
Et quand arrivait la mauvaise saison,
Il fallait protéger les embarcations
Car il était à craindre les crues de la rivière,
Il était préférable de les tirer à terre
Mais il ne fallait pas croire qu’il n’y avait rien à faire.
On procédait à une minutieuse inspection en la matière,
On peignait, on calfatait, on goudronnait
Dans la mesure du possible, on améliorait.
Selon la fantaisie de chacun, on décorait,
Bref, on voulait approcher du parfait.
Souvent, les engins flottants étaient mis à l’abri,
Dans les cavernes creusées dans la falaise au sud du pays,
Bien disposés sur des tréteaux
Hors des caprices du cours d’eau.
Et tout fier du travail accompli,
Le cœur en fête, tout réjoui,
Le pêcheur pouvait attendre la prochaine ouverture
Sans trop penser à d’éventuelles mésaventures.